L’affaire Arnolfini, Jean-Philippe Postel

Jeu de piste en huile sur bois

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Il est difficile de catégoriser ce livre en peu de mots. Ce n’est pas un essai, pas une étude, pas un roman. Actes Sud le qualifie de roman d’investigation ; adoptons ce terme qui est acceptable sans convenir tout à fait. L’auteur, Jean-Philippe Postel, n’est ni critique d’art, ni historien de l’art : il fut médecin, et est un observateur curieux du tableau des Époux Arnolfini peint par Van Eyck. Il est fasciné par l’œuvre, il l’examine sous l’angle du contexte historique et culturel, il en scrute chacun des détails à la loupe.

Ce tableau si moderne et si mystérieux a soulevé beaucoup de curiosité au cours des siècles : on y a vu une scène de mariage, de fiançailles, de chiromancie, une moquerie envers un mari bourgeois cocufié. S’aidant d’extraits de la littérature contemporaine à Van Eyck – en traduisant les passages les plus obscurs d’ancien français, ce qui est d’une grande aide tant certains termes ont évolué – ; de textes plus modernes (inventaires de peintures, analyses, commentaires et descriptions du tableau) et d’illustrations, L’affaire Arnolfini passe en revue les différentes hypothèses émises sur le tableau et émet la sienne, très plausible, si plausible qu’on ne demande qu’à y croire, un peu comme le fait Anna Matveeva dans Le mystère Dyatlov. Revenons un instant sur les illustrations : elles sont très à-propos, collant parfaitement aux détails et aux autres tableaux évoqués, de sorte qu’on n’a jamais besoin de se documenter sur internet. Le tableau et divers détails sont imprimés en couleur dans les rabats et sur la troisième de couverture, et les autres illustrations sont disséminées en noir et blanc au fil des pages. Seul bémol : les agrandissements du reflet du fameux miroir sont illisibles et auraient vraiment gagné à être reproduits en couleur.


Tout ce qu’on sait de Jan Van Eyck est évoqué dans L’affaire Arnolfini, et une vaste partie de ce qu’on sait et de ce qu’on imagine du tableau. Jean-Philippe Postel sublime ces informations par son style soutenu et fluide, par la passion qu’il nous transmet. On se laisse envoûter, on s’extasie, on suit avec délectation les déroulements de cette pensée analytique. Et on regrette, une fois le livre terminé – ce qui arrive très rapidement, tant il est court et parsemé d’abondantes illustrations –, on regrette de ne pas trouver de romans d’investigation similaires à propos d’autres tableaux mystérieux.

Je salue le travail minutieux, tant pour compulser les archives et les études que pour scruter les détails du tableau à s’en user les yeux, et je remercie chaleureusement l’auteur pour ces très agréables heures de lecture qu’il m’a offertes.

L’affaire Arnolfini est paru aux éditions Actes Sud, dans le même format atypique que le roman (excellent également) Neverhome de Laird Hunt. Le lien vers la page du catalogue d’Actes Sud se trouve ici.

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Postel, Jean-Philippe (2016). L’affaire Arnolfini. Arles (France) : Actes Sud, 160p (hors collection).

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