Métro 2033, Dmitri Glukhovsky

Le réseau de métro moscovite en grand abri antiradiation : terriblement convaincant

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Quand, en 2013, j’ai acheté une nouvelle carte graphique, elle m’a été livrée avec une clé pour le jeu Metro : Last Light, dont je n’avais jamais entendu parler et que j’ai testé dès ma carte graphique en place. Je fus absolument séduite par son gameplay et son univers, alors que je passais manifestement à côté de nombreux élément du scénario : Metro : Last Light est la suite de Metro 2033, que je ne connaissais pas plus.

Ayant appris que le jeu est adapté d’un roman de Dmitri Glukhovsky, je me suis bien sûr renseignée sur le livre en question. Les deux premiers tomes de la trilogie, Métro 2033 et Métro 2034, étaient parus aux éditions L’Atalante, et la sortie du troisième avait été annoncée.

Alors j’ai décidé d’attendre pour pouvoir dévorer la trilogie.

Mais Métro 2035 a été retardé, une fois, deux fois, est finalement paru en Russie en juin 2015, et toujours aucune traduction française à l’horizon. Alors je me suis dit – mais j’ai utilisé mentalement des mots moins polis : « qu’à cela ne tienne ! Je vais acheter les deux premiers avant qu’ils ne soient épuisés et je lirai Métro 2035 quand il sortira, s’il sort ».

À la fin de mon exemplaire de Métro 2033, L’Atalante me promet un certain Métro 2055 à paraître en 2017, alors que la jaquette m’annonce un Métro 2035. Bien confus, tout cela ! Nous verrons… En attendant, deux romans d’Andreï Dyakov, intitulés Vers les ténèbres et Vers la lumière sont joliment estampillés « Univers Métro 2033 », et d’après les quelques informations que j’ai glanées sur internet, ils sont tous deux très bons.


À Moscou, la vie à la surface est devenue impossible. Les radiations et les rayons du soleil brûlent tout être vivant qui s’aventure hors des souterrains, et les choses qui parviennent à y survivre sont des abominations issues du feu nucléaire. La population survivante s’est réfugiée dans le vaste abri antiatomique qu’on lui ouvrait : le métro. Avec le temps, le pouvoir central a disparu et les stations se sont séparées en petits États indépendants ou regroupés en fédérations. La vie y est rude : on part en guerre avec une station voisine pour un filtre à eau, une plantation de champignons, les porcheries et les poulaillers qu’on entretient sous terre. Parfois, les guerres éclatent pour des raisons idéologiques : la Ligne Rouge, alliance de stations communistes, a longuement été en guerre avec la Hanse, la Confraternité de stations encerclant de centre de Moscou dont la principale occupation est le commerce. Et les trois stations appartenant aux néonazis du Quatrième Reich s’agitent et commencent à effrayer leurs voisines.

Mais il y a aussi la vermine qui rôde sans cesse dans les ténèbres, rats énormes qui déferlent parfois des tunnels où personne ne se rend jamais et qui détruisent des stations entières dans une folie meurtrière, d’autres animaux mutants, dangereux, qui restent tapis dans le noir et qui comptent bien survivre aux dépends des hommes. Il y a les humains mutants issus de stations construites à faible profondeur et exposées aux radiations. Mais de toutes les créatures qui hantent l’obscurité des tunnels, les Noirs sont les pires. Personne ne sait qui ils sont ni d’où ils viennent, mais chacun a la certitude qu’ils ne sont pas humains.

Pour toutes ces raisons, chaque station a installé des cordons défensifs dans les tunnels, des postes de garde s’échelonnant hors de la station. Placée à cinq cent mètres dans les tunnels, c’est la borne frontière. Et au-delà, les ténèbres où aucune patrouille ne s’aventure. Pourtant, malgré ces cordons, leurs gardes, leurs projecteurs et leurs mitrailleuses, la station Polejaïevskaya a disparu. D’abord deux patrouilles, sans le moindre coup de feu, sans la moindre trace. Puis le lendemain, quand la station voisine envoya un corps expéditionnaire lourdement armé afin de mener l’enquête, Polejaïevskaya n’était plus habitée. Les soldats ne trouvèrent aucun corps, juste des murs et des sols noyés de sang. Le tunnel entre les stations fut condamné.

C’est avec l’histoire de la station Polejaïevskaya en tête qu’Artyom monte la garde à l’avant-poste du quatre cent cinquantième mètre du tunnel nord de la station VDNKh. Les Noirs qui prolifèrent au nord de sa station représentent le pire danger qu’elle doive affronter, et peut-être le pire danger qui menace le métro dans son entièreté. Les quelques autres stations au courant de ces attaques les prennent pour l’une de ces nombreuses histoires fantastiques qui circulent dans le métro. Chargé de la mission d’avertir les stations de Polis, Artyom quitte VDNKh et se lance vers le sud dans les ténèbres dangereuses des tunnels en espérant trouver de l’aide.


Je suis une très grande fan de l’univers de Métro. Tout me fascine : les tunnels obscurs, les villes de tentes dressées sur les quais et dans les halls des stations, les créatures mutantes, les draisines de patrouille et de caravanes marchandes, les guerres entre les stations. Cet univers est remarquablement construit, d’une grande cohérence et d’une richesse incroyable, mêlant ce qu’il faut de réel et de fiction pour que l’imagination s’emballe et complète d’elle-même les stations abandonnées, les tunnels silencieux où plane une sensation de menace et les récits incroyables que véhiculent les colporteurs sur ce qui se trouve derrière les cordons de sécurité ou ce qui se passe sur les lignes éloignées des grandes voies de communication. L’ambiance est faite de ténèbres à peine diluées par la lumière rouge de l’éclairage de secours, de bruits étranges déformés par l’écho dans les tunnels au-delà des postes de garde, du poids de la couche de béton, d’acier et de terre au-dessus de la tête des habitants du métropolitain qui les protège des radiations, des rayons du soleil et des monstruosités qui se sont approprié la surface, mais certainement pas de ce qui rôde dans leurs propres souterrains. Et la peur bien sûr, omniprésente, justifiée ou non, depuis les attaques psychologiques des Noirs jusqu’à la « peur des tunnels » qui pousse les voyageurs à la panique quand ils imaginent des menaces dans leur dos, des menaces qui les contournent quand ils se retournent.

Par moment, je ne pouvais détacher les yeux des aventures d’Artyom plus par avidité d’en connaître plus sur ce monde souterrain que par curiosité de le voir les mener à leur terme – sans vouloir porter préjudice à l’intrigue qui, si elle est un simple voyage du héros aux nombreux rebondissements, a ses moments de génie. Mais plus que l’envie de savoir VDNKh sauvée – ou non – par Polis suite à l’alerte d’Artyom, je voulais surtout comprendre qui sont ces Noirs, d’où ils viennent, de quelles créatures ils ont pu muter, s’ils ont muté. Je voulais savoir ce qui court dans les tuyaux qui longent les murs du métro, et quelles substances ils laissent échapper pour que des hommes deviennent fous. Je voulais savoir ce qui se tapit dans les stations abandonnées, à quoi ressemblent les mutants habitant les stations derrière les tunnels condamnés, et me laisser submerger par l’angoisse des tunnels parcourus par le héros.

J’ai obtenu des réponses à certaines questions, et le mystère s’est épaissi autour d’autres. Mais j’ai certainement passé de très bons moments dans les pages de cet univers si singulier.

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Si ce que les anglophones nomment lore est de tout évidence le point fort des Métro, leur point faible est le style, et plus spécifiquement dans les dialogues. Rien de dramatique ; ils se laissent lire et ont, eux aussi, leurs moments de génie, pour peu que cette expression puisse s’appliquer à des dialogues. Peut-être qu’en langue russe, les dialogues ne sont pas rythmés comme en langue française. Quoi qu’il en soit, si les échanges des personnages peuvent paraître peu naturels au début du roman, l’habitude prend le dessus et on finit par ne plus remarquer le rythme haché ou la ponctuation parfois curieuse. Le correcteur a laissé derrière lui quelques coquilles et mots manquants, deux ou trois seulement pour plus de 650 pages de texte (pour l’édition augmentée) – ou du moins deux ou trois sur lesquels mes yeux ont achoppé ; je ne suis pas dérangée au point de traquer les fautes d’accord du participe passé au sein d’un gros roman fascinant. Et pour terminer sur ce point, le traducteur du roman n’est visiblement pas celui du plan du métro imprimé sur les deuxième et troisième de couverture : le nom de quelques stations diffère ; ainsi, la Boïkovskaya devient sur le plan la Voïkovskaya. Rien de dramatique, mais ça m’étonne un peu que les noms des stations n’aient pas de transcriptions officielles en français.


L’univers des Métro compte certainement parmi mes préférés – avec celui de la Roue du Temps de Robert Jordan, si vous voulez tout savoir – mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il me fascine tant justement parce que j’ai joué à Metro : Last Light et que j’ai pu ressentir moi-même l’ambiance du métro, mystique et claustrophobique, de Moscou dévasté et hanté, du bruit de l’air à travers les filtres des masques à gaz et du champ de vision réduit par la visière en plexiglas couverte d’humidité. Peut-être qu’aux yeux de quelqu’un qui n’a pas joué à ce jeu, le roman est moins exceptionnel ; il parait sans doute moins réel.


Le second tome, Métro 2034 n’a pas Artyom pour héros, et je le regrette car j’ai plus de mal à m’attacher à ces nouveaux personnages (et, franchement, 2034 n’arrive pas à la cheville de son prédécesseur en matière de tension, de mystère et de révélations). L’intrigue des romans Vers les ténèbres et Vers la lumière se déroule dans le métro de Saint-Pétersbourg, lui aussi transformé en vaste abri antiatomique dont les boyaux renferment les mêmes drames et étrangetés que ceux du métro moscovite. Je n’ai pas (encore) lu ces deux romans, donc je ne peux rien vous en dire de plus.

Les plus Les moins
L’ambiance lourde et prenante ;

L’univers fascinant, mi apocalyptique mi fantastique.

Le style plutôt inélégant mais auquel on finit par s’habituer.


Métro 2033
et Métro 2034, ainsi que les autres œuvres dont l’intrigue se déroule dans le même univers, sont parus, comme dit plus haut, aux éditions L’Atalante, dans la collection fantasy/science-fiction/fantastique La Dentelle du Cygne : http://www.l-atalante.com/catalogue/la_dentelle_du_cygne/metro_2033/48/898/dmitry_glukhovsky/detail.html

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Glukhovsky, Dmitry (2016). Métro 2033. Nantes : L’Atalante, 672p (collection La Dentelle du cygne).

Glukhovsky, Dmitry (2011). Métro 2034. Nantes : L’Atalante, 416p (collection La Dentelle du cygne).

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