Les Nefs de Pangée, Christian Chavassieux

Vous aimez bousculer vos habitudes? Vous rendre compte à la fin d’un roman que l’auteur vous a mené en bateau avec une telle finesse que vous ne vous êtes aperçu de rien? Voici un livre pour vous!

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Pangée, continent unique au milieu d’un immense océan. Y vivent les enfants de Ghiom, divisés en nombreuses nations aux langues, aux coutumes, aux traditions et aux lois différentes ; certaines louent la force physique et sont portées sur la violence, la plupart sont pacifiques, éleveurs, bergers, artisans. Peu de choses, en fin de compte, unissent ces peuples… Pour apaiser les tensions et maintenir l’harmonie sur Pangée, une grande chasse a lieu au début de chaque âge, réunissant les nations à bord de gigantesques nefs construites grâce aux efforts de chaque région, sillonnant l’océan à la recherche de l’Odalim. La mort de ce monstre marin, le succès de l’union des peuples envers cet ennemi quasi mythologique, apportera la paix et la prospérité au continent entier. La neuvième chasse a échoué : les nefs sont revenues sans trophée, beaucoup moins nombreuses qu’elles n’étaient parties, semant la colère et la dissension parmi les nations. La dixième chasse doit être un succès : on construit pour cela la plus grande flotte ayant jamais croisé dans l’océan : près de trois cents vaisseaux préparés durant les vingt-cinq ans du cycle, hérissés de balistes à harpons, alourdies de vivres et de matériel, chargées de la mission de mettre à mort l’Odalim et d’apporter la paix à Pangée.

Mais sur le continent, les choses changent aussi, de profondes modifications économiques, sociales et philosophiques se mettent en place sous l’impulsion du seul Plairil Anovia. La dixième chasse, perdue en mer, devient presque anecdotique. Que se passera-t-il pour Pangée si elle revient défaite, vaincue par l’ennemi commun qui fédère ses peuples ? Si elle ne parvient pas à étancher la soif de sang des différentes nations ?


Les nefs de Pangée constituent un récit épique quelque part entre les épopées grecques et les écrits bibliques. Elles donnent l’impression d’un témoignage d’une époque révolue, exprimant des traditions, des bouleversements et des enjeux dont le lecteur, depuis son époque très postérieure, ne sait plus rien. Le roman ne cesse de se complexifier en progressant, de se dédoubler en intrigues parallèles : la chasse d’abord, puis la chasse et les agitations politiques du continent, puis tout cela et autre chose encore, que je ne vous dévoilerai pas. Les personnages abondent, bien campés, bien distincts, et si les noms étranges vous égarent, un indispensable glossaire de près de cinquante pages détaille les personnages, les lieux, la faune et la flore, les bases de la culture des peuples de Pangée. Attention toutefois à ne pas trop s’avancer dans les informations de cette dernière partie, au risque d’en apprendre trop sur le destin des personnages et de vous gâcher inutilement le plaisir de la lecture.


En avançant dans le récit, en découvrant cette élégante complexité de l’intrigue, on se rend également compte que Les nefs de Pangée est un roman à la croisée des genres. Oui, je sais que c’est une expression qu’on utilise à tort et à travers, parce qu’elle intrigue et fait vendre, alors que les genres, hein, globalement, on s’en fiche un peu. Sauf qu’ici, ils sont utilisés avec intelligence pour captiver le lecteur, endormir sa méfiance, lui faire visiter, en quelques sortes, un terrain connu, puis le prendre à revers sans coup de semonce et bousculer tout ce qu’il avait pensé non seulement du roman, mais aussi du monde qu’il contient. Et c’est là qu’est tout le génie de Christian Chavassieux dans Les nefs de Pangée. C’est là, à mon sens, dans l’utilisation des codes d’un genre pour basculer par surprise dans un autre, qu’est la véritable utilité de l’existence des genres littéraires. Si c’est juste pour savoir dans quel rayon le placer en librairie, ou pour permettre aux lecteurs paresseux qui s’encroûtent dans le confort de livres inspirés les uns des autres de trouver sans effort leur prochaine lecture, ils n’ont aucun intérêt.

À quel genre appartient réellement Les nefs de Pangée ? Je vous laisse le plaisir de découvrir la clé de ce mystère, et de bien d’autres, dans la seconde moitié du roman !

Si vous trouvez le début plat – quoi que d’une platitude relative, tant le roman est bien écrit, vivant et dynamique –, manquant peut-être d’un peu de sel, d’un peu d’enjeux, de profondeur, je vous encourage à continuer malgré tout. Car les révélations qui ébranlent le récit vous ébranleront, vous, lecteurs, et changeront tout.


Les nefs de Pangée m’ont fait découvrir l’auteur Christian Chavassieux, et je ne le regrette absolument pas. De ses autres romans, Mausolées, également paru chez Mnémos, est celui qui me fait actuellement le plus envie

Les plus Les moins
Les personnages ont des particularités biologiques bien étranges. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais ce détail prend tout son sens dans la seconde partie du récit ;

L’écriture est très imagée, et surtout très originale dans ses images, quelque part entre la poésie et le pragmatisme ;

Le glossaire présent en fin de volume qui est un précieux aide-mémoire et permet à l’auteur de ne pas expliquer et réexpliquer chaque terme un peu particulier

Quelques coquilles un peu dérangeantes quand, comme moi, on lit lentement pour mieux savourer les mots et les images ;

Les caractères spéciaux sont confus. Certains chapitres sont clôturés par un signe évoquant une feuille, d’autre par quelque chose plus proche du rameau ; des paragraphes sont séparés par des étoiles, d’autres par un blanc. Pourquoi ces différences ? Ces symboles ne marquent pas les dizaines, ni un changement de personnage. Je suis un peu perdue…


Les nefs de Pangée
est paru aux éditions Mnémos dans un très beau format à rabats et couverture biblique : http://www.mnemos.com/catalogue/les-nefs-de-pangee-aout-2015/. Il est également disponible en version numérique sur les plateformes habituelles – Kobo, Amazon, Fnac et les autres.

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Chavassieux, Christian (2015). Les nefs de Pangée. Saint-Laurent-d’Oingt (France) : Mnémos, 496p (collection Dédales).

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