Les Chiens, Allan Stratton

Cameron a 13 ans et n’a aucun ami. Ce n’est pas parce qu’il n’en veut pas, ni parce que personne ne veut de lui, mais parce que sa mère et lui ne cessent de déménager et que le peu de copains qu’il parvient à se faire en quelques mois l’oublie très vite.

S’ils déménagent, c’est parce que sa mère a peur de son père. Elle le voit partout, qui les guette depuis sa voiture garée devant la maison qu’ils occupent depuis peu, qui la suit jusqu’à son travail, qui la menace d’un regard. Dès qu’elle sent sa présence, Cameron et elle empoignent leurs valises toujours prêtes et partent vivre ailleurs.

Cette fois, la mère de Cameron a trouvé un endroit idéal: une ferme un peu délabrée, à l’écart de la petite ville rural du Creux-de-Loup, elle-même à l’écart de tout. Le père de Cameron ne pourra jamais les retrouver ici. Son fils n’est pas emballé.

(Si l’action se passait dans tout autre pays qu’aux États-Unis, je le trouverait stupide de se plaindre de quitter la ville pour la campagne. Mais depuis Resident Evil 7 et Outlast 2, je comprends la réticence des gens à s’approcher des champs de maïs et des granges rouges.)

Mais les cauchemars que Cameron vit à chaque déménagement empirent. Sa tendance maladive à se faire peur, à grossir des impressions jusqu’à la terreur, empire dans la foulée. Cameron voit et entend des choses. Il s’est passé quelque chose dans la ferme; un secret pèse sur Creux-de-Loup depuis 50 ans, que certains habitants soupçonnent mais que personne n’a jamais compris.

Et qui est ce garçon que Cameron voit en rêve, et quels sont les chiens dont il parle?

Et puis, sa mère, avec ses précautions et ses peurs, ne tomberait-elle pas dans la paranoïa? Pourquoi doivent-ils fuir son père de cette manière? Il ne l’a plus vu depuis si longtemps qu’il ne se rappelle même pas ce que sa mère lui reproche, s’il l’a jamais su. Son père a toujours été gentil avec lui. Il lui manque.


Les Chiens est un livre pour ados, ce qui ne l’empêche pas de capter l’attention d’un lecteur aguerri. Il possède de nombreuses qualités, un ton juste, un très bon équilibre en action et développement de personnages, ne s’appuie sur les codes des romans jeunesse que pour caler son héros dans une image de jeune adolescent pas-banal-mais-presque. De jeunes lecteurs y trouveront une excellente découverte du monde du fantastique, et les autres une lecture agréable, captivante, plutôt stressante il est vrai.

Il faut juste s’accrocher dans les premières pages pour dépasser l’antipathie que dégage le héros dans la mise en place de l’intrigue. « Quoi, cette ferme n’a pas de lave-vaisselle? » s’aperçoit un Cameron dégoûté. Moi non plus, je n’ai pas de lave-vaisselle, mon chou. J’ai eu très envie de lâcher Les chiens sur cette remarque d’enfant boudeur. Mais Cameron ne s’est pas mis à bouder, les premiers éléments fantastiques sont apparus, je me suis proposée de continuer un peu pour voir si ce sale gosse devenait insupportable, et j’ai terminé le roman presque sans m’en rendre compte. Non, Cameron n’est pas insupportable, en fait.

La lenteur de l’intrigue n’est pas un problème. Elle prend de l’ampleur et de la dimension, se déploie en fausses pistes entre réel et imaginaire. Elle laisse à Cameron le temps de former des hypothèses, de les tester, de les vérifier, se développe en deux dimensions: vers le passé et les événements d’il y a 50 ans, et dans le présent, autour du père de Cameron. Ces deux intrigues se rejoignent, se nouent en une, prennent des chemins parallèles avec leurs propres rebondissement et leurs propres fausses pistes.

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« Il n’y a pas de réels rebondissements »? A-t-on lu le même livre?

L’intrigue est bonne, dans sa construction, dans ses thématiques, dans son intérêt, dans ses rebondissements. Les personnages sont bons, hors des archétypes des romans jeunesse (ou du moins ils sont justifiés et nuancés); ils sont développés, leurs réactions sont naturelles et très plausibles, et on s’attache facilement à eux. Le trouble constant entre réalité et imaginaire, vérité et mensonge, faits et croyances est le point central du roman, la base de l’angoisse qu’il fait naître et certainement la plus intéressante de ses caractéristiques.

Une fois dépassée l’introduction des personnages et l’impression erronée que Cameron est un calque de n’importe quel gamin tête à claques du monde jeunesse et young adult, on ne peut lâcher le roman jusqu’à son dénouement… qu’on voit venir d’un peu loin, il est vrai. Et la phase d’explications qui la suit est presque inutile, car on a toutes les cartes en main à ce moment pour comprendre ce qu’il s’est passé. Mais cette fin ne gâche pas l’impression positive qui reste des Chiens, et on prend plaisir à passer quelques minutes à remonter l’intrigue pour trier le vrai du faux.

Le style, quand à lui, est effectivement peu intéressant, plutôt neutre. Ni exaltant, ni gênant dans la lecture. Mais la narration est à la première personne, faite par un garçon de 13 ans: le style est donc cohérent, et je n’en demande pas plus.

En gros, le niveau de fun en lisant Les Chiens ressemble à ça, du début à la fin:

fun les chiens

les chiens

Stratton, Alan (2016). Les Chiens. Paris: France loisirs, 312p.

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